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Godiva

, Belgique

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CHOCOLAT BELGE

La fabuleuse histoire des pralines Godiva



Les pralines Godiva disposent d’une renommée mondiale. Et dire que c’est dans le sous-sol d’une habitation molenbeekoise que les premières pralines ont été fabriquées voici près de 80 ans.
Entretien exclusif avec Pierre Draps junior (89 ans), l’un des fondateurs de cette entreprise familiale bruxelloise…

Les pralines Godiva ne seraient probablement jamais nées si Pierre Draps, maître-chocolatier, n’avait été licencié en 1925 par la petite entreprise saint-gilloise qui l’employait. Un drame social qui mobilisera l’énergie de toute une famille pour, progressivement, se transformer en une incroyable réussite économique bâtie à force de courage, de travail et de volonté…

Fondé en 1929

Au milieu des années 1920, Pierre Draps est un homme comblé. La guerre est finie et il est l’heureux papa de quatre charmants enfants prénommés Joseph, François, Pierre (trois Saints) et Yvonne qui vient de voir le jour. Il travaille comme confiseur au sein d’une boulangerie-chocolaterie saint-gilloise aujourd’hui disparue. Un bonheur qui sera brusquement interrompu.

«En 1925, j’ai vu mon père rentrer à la maison en pleurant. Son employeur l’avait renvoyé sous le motif qu’il avait refusé que des ouvriers, travaillant dans la chaleur de la confiserie, déchargent de la marchandise se trouvant dehors par un temps de canard», se souvient Pierre Draps, le fils cadet.

«Un jeune avocat s’est préoccupé de la situation. Il a découvert que l’entreprise avait présenté mon père comme ‘maître-chocolatier’, notamment à des concours et des exposition de pièces montées, mais qu’elle le payait comme un simple ouvrier». L’avocat finira par obtenir gain de cause et un dédommagement de 10.000 francs. Avec cet argent, la famille Draps décide de s’établir à son propre compte. «Mon père a réalisé une collection de 6 à 7 pralines fondantes avec des goûts vanille, citron, orange, café, pistache… Il les a présenté chez Wijngaard, sorte de Rob, qui lui a directement commandé 100 kilos de pralines garnies et 100 kilos de pralines non garnies». D’autres commandes suivront. On est en 1929 ! L’aventure commence…
 

Fabriquées dans la cave

Les pralines Draps sont fabriquées au domicile familial situé au 62 de la rue Vanderdussen, à Molenbeek-Saint-Jean. « On fabriquait d’abord l’intérieur de la praline qu’on trempait ensuite à la main, pièce par pièce, dans la couverture. Toute la famille s’y mettait, même des cousins venaient nous aider. Les heures ne comptaient pas, on travaillait jusqu’à ce que le sommeil nous gagne. On a rapidement loué les deux appartements du dessus, mais on manquait toujours de places». Un problème qui s’avère d’autant plus criant que les commandes ne cessent de croître. «Notre aide-comptable travaillait aussi pour le Sarma. Un jour, elle a présenté mon père et ses produits au directeur du premier Sarma, celui qui se trouvait rue Sainte-Catherine. On a directement reçu une première commande de 500 kilos de truffes».
En 1930, l’entreprise Draps s’établit dans un atelier de la rue de la Carpe, toujours dans le quartier molenbeekois des Etangs noirs. «On y a travaillé à l’infini d’autant que la biscuiterie Victoria essayait de nous voler Sarma comme client. Mon père a descendu nos prix, allant jusqu’à travailler à perte, pour garder ce client».     
En 1937, plusieurs malheurs vont se succéder pour la famille Draps. «Mon père, qui avait fait construire une maison familiale juste à côté de l’atelier, est décédé en septembre 1937. Ma mère est morte quatre mois plus tard. Les quatre enfants se retrouvaient sans parents, avec une maison en construction et une entreprise produisant à perte. On n’aurait jamais poursuivi l’activité si le directeur du Sarma, apprenant tout cela, n’avait proposé de signer de nouvelles commandes à des prix plus justes pour nous éviter la faillite».

 

La faute au coiffeur

Les quatre enfants Draps installent, en 1937, leur société dans un atelier de la rue Antoine Court à Koekelberg. Ils y travaillent nuit et jour, avec trois équipes qui se succèdent 24h sur 24. Puis vient la guerre. «L’approvisionnement en matières premières, notamment le cacao, faisait défaut. Il n’était plus possible de fabriquer des pralines. On a donc confectionné des petits fours à base de figues, dattes et abricots séchés qu’on recouvrait d’une très légère couche de sucre coloré. Tout ce qui était fruit sec était libre de circulation. Il fallait simplement tirer son plan pour les trouver. Peu avant la Libération, l’idée nous est venue de fabriquer et vendre nous-mêmes nos produits».
En 1945, les enfants Draps cherchent donc un rez-de-chaussée commercial afin de pouvoir y exposer et vendre leurs produits. Ils acceptent volontiers le magasin qu’un ami de leur père propose sur le boulevard Léopold II. Mais il reste à trouver un nom pour l’enseigne. «On ne voulait pas du nom Draps. On cherchait un nom de confiseur qui fasse un peu chic. Cela faisait des mois qu’on y pensait et qu’on ne trouvait pas. Et puis, la solution est venue de Gaby, l’épouse de mon frère Joseph. Elle avait une longue chevelure blonde et lorsqu’elle allait chez son coiffeur à Willebroek, elle était toujours accueillie par un ‘Ah, lady Godiva is daar !’» 
La future dénomination est approuvée par chaque membre de la famille. Joseph Draps ira même jusqu’à Coventry pour demander aux autorités locales à pouvoir l’utiliser.

Rupture de stock

En 1945, la première boutique Godiva voit le jour à Bruxelles, sur le boulevard Léopold II. L’année suivante, c’est à Knokke-le-Zoute. «On y avait trouvé une maison, sur un coin de l’avenue Lippens. Chaque membre de la famille y avait un appartement», se souvient Pierre Draps. «Cet été-là, tout le monde était à la mer. Il n’y avait plus personne à Bruxelles. Devant notre boutique, les gens faisaient la file jusque dehors. Nos pralines y étaient livrées par camion Transcolis en semaine, mais pas le week-end. On devait donc faire le trajet en train avec des coffrets de truffes au chocolat pour le week-end. Je me rappelle que, dès le premier voyage, toute notre production est partie en un samedi après-midi. Nous n’avions plus rien pour le lendemain. Il a donc fallu prendre le train du soir pour revenir Bruxelles afin de fabriquer des truffes et pralines à la hâte. Le lendemain matin, on était reparti avec nos coffrets remplis de truffes. Il fallait prendre le train jusqu’à Bruges, puis le tram vers Knokke. Malgré que les rayons du magasin soient vides, les gens faisaient déjà la file en rue en nous attendant. A plusieurs reprises, nous sommes tombés en rupture de stock. A la fin, les gens applaudissaient lorsqu’on descendait du tram et nous aidaient à porter les coffres».



 

En 1948, Godiva compte cinq boutiques à Bruxelles (boulevard Léopold II, place Stéphanie, rue Grétry, Grand Place et boulevard Adolphe Max) ainsi que trois autres à Knokke-le-Zoute, Anvers et Liège.
 
C’est en 1966 que le groupe américain Campbell propose à la famille Draps de racheter Godiva. «Cette multinationale était intéressée par le caractère familial de notre entreprise. Mon frère Joseph a négocié l’affaire à l’aéroport de Zaventem, dans l’avion privé du président de Campbell. François était malade, on commençait à devenir âgés… L’accord a été conclu. Notre entreprise occupait alors 80 travailleurs en usine et de nombreuses vendeuses. On est resté pour transmettre notre savoir-faire aux Américains. L’atelier de la rue Antoine Court devenait trop petit, mais on ne trouvait pas d’autres sites sur Bruxelles. Et puis, la comptable a signalé que Victoria avait cessé ses activités et que son site koekelbergeois était à vendre. J’ai directement pris le téléphone pour connaître le prix et fixer un rendez-vous. Nous avons racheté le site Victoria, de la rue de l’Armistice, pour y installer les activités de Godiva. Un site que l’entreprise occupe toujours aujourd’hui».

Pierre Draps quittera les ateliers de la maison Godiva vers 1984. «Toute ma vie, j’étais dans l’atelier. J’y suis né. J’ai vécu heureux dans ce métier. A un moment, j’ai simplement senti qu’on n’y avait plus besoin de moi. Et puis, j’avais déjà subi plusieurs opérations chirurgicales. J’ai préféré me retirer. Mais j’ai encore plein d’idées».

Il ne peut s’empêcher d’évoquer un dernier souvenir. «Avec mon frère Joseph, on se promenait sur la 5th Avenue à New York. On y a vu une boutique Godiva avec plein de gens qui y entraient. On s’est regardé en pensant à notre petit atelier de la rue Vanderdussen. Croyez-moi, on avait les larmes aux yeux !»  

Julien Semninckx


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